L'abandon du CPE donne un élan à la gauche, encore sans projet pour 2007
L'abandon du CPE donne un élan à la gauche, encore sans projet pour 2007
![]() |
PARIS (AFP) - La gauche a retrouvé élan et unité avec l'abandon du CPE mais elle n'est pas assurée d'en profiter en termes électoraux en 2007, en l'absence à ce jour d'un projet alternatif.
L'annonce lundi matin du renoncement au CPE par Jacques Chirac et Dominique de Villepin a été saluée par des cris de victoire dans les rangs des partis de gauche.![]() |
François Hollande, patron du PS, a salué "le recul du pouvoir, le succès de la jeunesse et de l'unité syndicale". Le PCF s'est réjoui d'une "très grande victoire populaire", Martine Billard des Verts de la "victoire de la mobilisation". Pour la LCR d'Olivier Besancenot, "c’est un premier recul du gouvernement. Il en appelle d’autres".
Toutes les formations appellent toutefois à "la vigilance", pour que les dispositions abrogées ne soient pas "réintroduites subrepticement" et que cesse "la répression contre les jeunes".La lutte contre le CPE a ainsi permis à une gauche désunie de s'opposer d'une seule voix à la mesure conspuée par les jeunes. Elle envisage maintenant la poursuite de ce même combat en prenant pour cible le CNE et, ajoutent certains, la loi pour l’égalité des chances.
Les Verts suggèrent "la mise en place d'un comité de suivi des dispositifs de lutte contre la précarité et pour l'insertion dans le monde du travail". Le premier secrétaire du PS propose de s'inspirer de la lutte contre le CPE: "lorsque le combat est juste, que l'unité et le rassemblement sont au rendez-vous, que la mobilisation est forte, la victoire est possible", une leçon qui "vaut aussi pour les échéances futures".
Mais le rejet unitaire de la politique du gouvernement ne fait pas un programme et la gauche n'en a toujours pas. 63% des Français, selon un dernier sondage, estiment que la gauche "n'a pas de meilleure idée à proposer que la droite" sur le chômage des jeunes.
"Il appartient aux socialistes de fournir les réponses attendues", et "d'apaiser le pays tout entier en offrant un projet qui donne une place à la jeunesse, la priorité à l'Education et l'entrée dans la vie active sur la base du CDI", reconnaît François Hollande.
Même constat du côté de Georges Sarre (MRC) pour qui après ce premier "succès d'étapes" la gauche doit "relever le gant, en proposant un programme de relance de la croissance pour créer de vrais emplois".
Cependant, le débat en vue d'un programme commun ne fait que commencer. Le PCF, comme le NPS du socialiste Henri Emmanuelli, avancent leurs pions en soulignant que la victoire contre le CPE s'inscrit dans la droite ligne du non à la Constitution européenne du 29 mai 2005 et révèle le rejet par les Français du "libéralisme".
En attendant, les formations de gauche, Ligue communiste révolutionnaire (LCR, trotskyste) mise à part, évitent soigneusement de politiser le débat et d'exiger la démission du Premier ministre ou des élections anticipées, alors que des commentateurs ont évoqué une "crise du régime".
M. Hollande s'est contenté de condamner "la confusion au sommet de l'Etat, avec un président absent, un Premier ministre désavoué et une majorité UMP divisée". Et Jack Lang a évoqué une "farce" qui a "porté le coup final" à un régime qui doit être "totalement transformé".
L'intersyndicale anti-CPE appelle à la "vigilance"
L'intersyndicale anti-CPE appelle à la "vigilance"
![]() |
PARIS (Reuters) - Douze syndicats de salariés, étudiants et lycéens ont appelé à la "vigilance" jusqu'au vote de la loi supprimant le contrat première embauche (CPE), maintenant notamment les manifestations prévues ce mardi en France.
"Les organisations syndicales restent vigilantes jusqu'à ce que la loi destinée à faire disparaître le CPE soit effectivement votée et promulguée. Les actions décidées pour le 11 avril s'inscrivent dans ce cadre", dit un communiqué commun diffusé après une réunion au siège de la CGT à Montreuil (Seine-Saint-Denis).
Il s'agit de "marquer comme il convient le résultat de l'action", poursuit le communiqué dont Maryse Dumas, secrétaire confédérale de la CGT, a donné lecture.
Les syndicats, divisés sur la question de l'éventuelle fin des occupations d'universités et de lycées, n'ont pas lancé d'appel à ce sujet, ni fixé de nouvelle date pour une éventuelle journée d'action supplémentaire.
L'Unef appelle à "poursuivre la mobilisation", a dit son président, Bruno Julliard.
La Confédération étudiante demande au contraire de mettre fin à ces occupations et ses représentants rencontreront mardi la Conférence des présidents d'universités.
Cinq universités restaient occupées lundi en fin de journée à Rennes, Grenoble et Montpellier notamment, et 25 autres étaient perturbées, tandis que 32 fonctionnaient normalement, selon le ministère de l'Education.
Pour le reste des problèmes liés à la fin du mouvement, les syndicats se sont mis d'accord sur une formule ambiguë, où ils demandent que "soient créées les conditions pour que les étudiants et lycéens ne soient pas pénalisés".
PAS D'ACCORD SECRET SARKOZY-SYNDICATS
Ils expliquent que ce souhait concerne "les examens, les rattrapages éducatifs, les bourses, les élections étudiantes". Les syndicats souhaitent des négociations à ce sujet.
Les responsables des organisations de lycéens ont également déclaré qu'ils souhaitaient la libération de toutes les personnes arrêtées en marge des manifestations.
Maryse Dumas, interpellé par un journaliste étranger sur un éventuel accord secret entre les syndicats et le président de l'UMP Nicolas Sarkozy, a tenu à démentir publiquement.
"Il n'y aucun accord passé avec Nicolas Sarkozy ni avec aucun membre du gouvernement. Nous avons obtenu une authentique victoire syndicale", a-t-elle dit.
Soulignant que la victoire des syndicats était une "première" depuis de longues années, elle a annoncé que les responsables des organisations resteraient ensemble "pour boire le champagne en regardant le Premier ministre à TF1, battu et défait".
Le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, qui ne siégeait pas à la réunion de l'intersyndicale, est venu peu avant la conférence de presse déclarer aux journalistes qu'il entendait bien prolonger la lutte contre le CPE pour obtenir l'abrogation du CNE, son grand frère.
"Il faut se donner comme objectif d'éliminer aussi, à terme, le CNE du paysage", a-t-il déclaré.
Adopté en août 2005 et destiné aux petites et moyennes entreprises, ce contrat a les mêmes caractéristiques que le CPE, notamment la période d'essai de deux ans.
CPE enterré...
Jacques Chirac enterre le CPE mais garde sa confiance à Villepin
![]() |
PARIS (Reuters) - Contraint de dénouer l'interminable conflit du CPE, Jacques Chirac s'est efforcé de trouver une issue ménageant Dominique de Villepin, à qui il a attribué le scénario de sortie de crise.
Les représentants de la majorité venus assister à une ultime réunion présidée par le chef de l'Etat n'avaient pas encore quitté la cour de l'Elysée que la présidence diffusait un communiqué enterrant de fait le CPE, mais "sur proposition du Premier ministre".
"Sur proposition du Premier ministre et après avoir entendu les présidents des groupes parlementaires et les responsables de la majorité, le président de la République a décidé de remplacer l'article 8 de la loi sur l'égalité des chances par un dispositif en faveur de l'insertion professionnelle des jeunes en difficulté", précisait la brève déclaration.
Une demi-heure plus tard, Dominique de Villepin expliquait lors d'une courte allocution à Matignon avoir "proposé" cette alternative à Jacques Chirac, "qui l'a acceptée".
Les apparences étaient sauves, l'Elysée jouant son rôle d'arbitre, en coordination avec Matignon.
Forcé de s'impliquer après deux mois de contestation syndicale, étudiante et lycéenne, le chef de l'Etat s'est tourné vers les parlementaires UMP, Nicolas Sarkozy au premier chef, tout en insistant sur la collégialité du processus.
De Dominique de Villepin au ministre de l'Intérieur et président de l'UMP, en passant par le ministre de l'Emploi Jean-Louis Borloo, les présidents des groupes UMP de l'Assemblée et du Sénat Bernard Accoyer et Josselin de Rohan, les principaux acteurs de la sortie de crise ont été reçus par le chef de l'Etat la semaine dernière.
"On n'a eu aucun problème avec Sarkozy, qui a plutôt voulu agir dans un sens de cohésion", rapportait lundi un proche du chef de l'Etat.
"SORTIR DE CETTE SITUATION DE BLOCAGE"
Il y a encore une dizaine de jours, Jacques Chirac croyait que le CPE pourrait être appliqué, même dans une version édulcorée. "Il fallait donner sa chance à un instrument qu'il estimait utile pour l'emploi", expliquait-on lundi dans son entourage.
Mais l'intervention radiotélévisée présidentielle du 31 mars n'a pas calmé les esprits. En promulguant une loi qu'il souhaitait ne pas voir appliquée mais remplacée immédiatement par une autre, Jacques Chirac a laissé planer la confusion.
La poursuite de la mobilisation - la cinquième journée d'action, mardi, a encore rassemblé des centaines de milliers de personnes dans toute la France - et la consultation par les parlementaires de l'UMP de 19 organisations syndicales et étudiantes ont, finalement, nourri l'idée d'un abandon du CPE.
"Il n'y avait pas suffisamment de compréhension de la part de l'opinion pour que les choses avancent et il était nécessaire de sortir de cette situation de blocage. C'est ce message que le président a accepté", explique un proche de Jacques Chirac, pour qui le débat sur le CPE n'a pas eu le temps "d'infuser" dans l'esprit des Français.
En choisissant son "remplacement" par un autre dispositif destiné aux seuls jeunes en difficulté, alors que le CPE s'adressait à l'ensemble des moins de 26 ans, Jacques Chirac évite les mots "retrait" et "abrogation", préservant autant que possible un Premier ministre qui a lutté jusqu'au bout pour sauvegarder "son" CPE.
Pour autant, "c'était sa décision de faire une telle proposition au président de la République", insiste un proche de Jacques Chirac.
Malgré ce revers, pas question de renoncer à mener d'autres réformes dans les douze mois qui nous séparent de la présidentielle, insiste l'entourage du chef de l'Etat, selon qui "la confiance du président de la République dans le Premier ministre est, naturellement, totale".




