premier "Sarko show" sur fond de piètres sondages...
PARIS - L'Elysée n'avait pas connu ça depuis le 29 avril 2004: huit mois après son élection, Nicolas Sarkozy tient enfin mardi sa première grande conférence de presse pour dresser un premier bilan et détailler ses projets pour la "deuxième étape" de son mandat en 2008. Une grand-messe qui intervient alors qu'une partie des Français tire la sonnette d'alarme dans l'attente des résultats promis, comme l'atteste le décrochage du président dans un sondage CSA.
Dimanche, on recensait déjà 450 journalistes de plus de 30 pays accrédités pour ce "Sarko show" prévu pour durer pas moins de deux heures, dont un propos introductif d'une demi-heure et une heure et demie de questions-réponses. Le tout retransmis en direct. Selon l'entourage du président, il n'est pas prévu que François Fillon et les ministres soient présents.
L'idée de cette conférence avait déjà été évoquée pour marquer les six mois du président début novembre, avant d'être abandonnée. Pour l'occasion, son entourage promet une mise en scène à la "De Gaulle", qui goûtait particulièrement cet exercice et en avait fait un moment phare de sa communication.
Comme du temps du général (1958-1969), la salle des fêtes de l'Elysée sera réaménagée dans le sens de la largeur. Nicolas Sarkozy interviendra debout derrière un pupitre, devant un fond bleu agrémenté des drapeaux français et européen. Bref, loin du style dépouillé de son lointain prédécesseur, qui officiait assis derrière une modeste table postée devant un rideau, sans notes, un verre d'eau à portée de main. Image gravée dans les esprits par l'ORTF.
En conférence de presse, Nicolas Sarkozy est comme un poisson dans l'eau. Ministre de l'Intérieur et de l'Economie, il avait réhabilité ces grands-messes dès 2004, tenant la dernière le 11 janvier 2007, trois jours avant d'être investi candidat par l'UMP. Façon déjà de marquer sa "rupture" avec Jacques Chirac, qui n'a tenu que quatre conférences de presse à l'Elysée en douze ans de mandat (la première le 14 juillet 1995, la dernière sur l'Europe le 29 avril 2004).
Les sujets d'interrogation ne manquent pas: les crises internationales (Liban, Syrie, Mauritanie, etc.); les municipales et un éventuel remaniement; les notes des ministres; les réformes de 2008 (35 heures, contrat de travail, réforme des retraites); son énigmatique "politique de civilisation"; ou encore sa vie privée, avec l'hypothèse d'un mariage en février avec Carla Bruni avancée par le "JDD". Il est particulièrement attendu sur le bilan de ses huit premiers mois, dont les résultats se font attendre sur la croissance et le pouvoir d'achat.
A cet égard, les Français lui adressent un carton jaune. Selon un sondage CSA pour i>télé et "Le Parisien/Aujourd'hui en France" publié dimanche, la cote de confiance de Nicolas Sarkozy dévisse de sept points à 48%. "On pourra juger les résultats de sa politique dès 2008-2009", a tempéré son porte-parole David Martinon dimanche sur France-2. "Je crois qu'il n'y a pas de signal d'alarme, il y a le signe de l'impatience des Français", s'est efforcé de relativiser le porte-parole de l'UMP, Yves Jego, sur RTL. "Tout ne peut être résolu en un jour", avait temporisé Nicolas Sarkozy le 31 décembre dans ses voeux aux Français, concédant de possibles "erreurs".
Pour Brice Teinturier, directeur du département opinion de l'institut TNS-Sofres, une érosion dans les sondages est "relativement normale". "Les Français considèrent que Nicolas Sarkozy ne trahit pas ses engagement de campagne", mais "il ne cesse de répéter qu'il est là pour résoudre des problèmes et pour agir. Les Français le prennent au mot et demandent à avoir des résultats tangibles", a-t-il expliqué à l'Associated Press, rappelant que le chef de l'Etat a pris soin de ne surtout pas faire comme Jacques Chirac, qui avait avoué dès le 26 octobre 1995 qu'il ne pourrait pas mettre en oeuvre la politique de la "fracture sociale" promise.
Mais gare à la suite, avertit Brice Teinturier. "Il y a une séquence cruciale pour Nicolas Sarkozy qui est février-avril", avec les élections municipales et les premiers résultats économiques promis pour cette période. S'il échoue, "on peut assister à une baisse de la popularité avant le mois de juin, qui pourrait être importante", pronostique-t-il.
Plus sévère, le politologue Dominique Reynié constate que le président "a particulièrement promis de ne pas être comme ses prédécesseurs". "La réalité, c'est que ça se dégrade", constate-t-il, citant la flambée du prix des denrées alimentaires, du logement, de l'énergie. Dès lors, sermonne-t-il, "c'est difficile de tenir un discours de sacrifice aux Français quand on s'affiche comme ça: son salaire, son voyage en Egypte, Disneyland..." Par Nathalie Schuck APAP

