Le projet du PS adopté...Vincent Peillon du "Nouveau PS", ralliant le camp des "ségolistes".
mercredi 7 juin 2006, 18h57
PARIS (AP) - Le psychodrame annoncé n'a pas eu lieu: c'est dans un esprit de "synthèse" que le PS a adopté dans la nuit de mardi à mercredi son projet pour 2007, où chacun des présidentiables a pu imprimer sa patte. Au-delà de l'unité affichée, la compétition a repris de plus belle avec un duel par médias interposés entre une Ségolène Royal triomphante et un Laurent Fabius déterminé.
Il aura fallu dix heures de débats pied à pied pour que le PS adopte à l'unanimité -moins trois abstentions- ce texte de près de 35 pages intitulé "Réussir ensemble le changement". En cours de finition, il devait être rendu public jeudi, puis envoyé dans les fédérations pour que les quelque 200.000 militants puissent à leur tour en débattre. Ils voteront le 22 juin et le texte sera entériné le 1er juillet lors d'une convention nationale à la Mutualité. D'ici là, le PS doit encore ficeler le financement des mesures annoncées.
Tous les présidentiables y trouvent leur compte. Laurent Fabius avec le Smic à 1.500 euros d'ici 2012 et Dominique Strauss-Kahn avec son concept de "développement solidaire". Quant à Ségolène Royal, son idée controversée d'encadrement militaire pour primo-délinquants n'a pas été retenue, mais elle a contraint le PS à durcir sa copie. Le projet prévoit ainsi "des alternatives à la prison" pour jeunes délinquants avec des "centres d'éducation renforcée" et "chantiers d'apprentissage et d'insertion". L'armée en sera proscrite.
Mais la candidate à la candidature ne semblait pas renoncer pour autant à son "bébé". Alors qu'on lui demandait mercredi sur RTL si elle l'abandonnait, elle a répondu: "on doit tout essayer". Le débat dans les fédérations, qui ont la possibilité d'amender le projet, pourrait en théorie lui offrir une fenêtre pour revenir à la charge. "Il faut se situer dans le cadre de ce qui a été accepté" et pas "musarder à droite", a sermonné Laurent Fabius sur France-2.
Autre petite victoire pour Ségolène Royal, le PS a avalisé le principe d'une "mise sous tutelle" des allocations familiales, comme le prévoit déjà la loi de 1966. "Ça a été retenu", a-t-elle assuré. Chez ses rivaux, on nuançait en expliquant que le projet devrait se borner à abroger le dispositif de "suspension" des allocations voté par la droite, ce qui ferait de facto revenir à la loi de 1966.
Parmi les autres mesures, le PS s'engage à généraliser les 35 heures, à créer un "impôt citoyen" plus progressif, à plafonner les loyers des ménages modestes par un "bouclier logement", à ouvrir le mariage et l'adoption aux couples homosexuels et à accorder le droit de vote aux étrangers aux élections locales au bout de cinq ans. Il devrait rétablir la régularisation automatique des sans-papiers au bout de dix ans, et promettre une loi "autorisant l'assistance médicale en fin de vie".
L'étape du projet quasiment bouclée, la compétition a repris de plus belle mercredi. En position écrasante dans les sondages, Mme Royal a répété qu'elle "irait jusqu'au bout" si elle était "la mieux placée". Elle s'est même permis de tacler Lionel Jospin, qui aura "un rôle éminent à jouer dans cette campagne". Se posant en victime des attaques de ses rivaux, elle a les avertis dans un geste de défi que sa "liberté de parole" n'était "pas terminée".
Un message relayé avec force par ses partisans. "Ces attaques sont inacceptables!", s'est emporté le N°2 du PS François Rebsamen. Au PS, "il n'y a pas un candidat qui peut sérieusement penser qu'il la battrait actuellement devant les militants", a renchéri Vincent Peillon du "Nouveau PS", ralliant le camp des "ségolistes".
Tout aussi déterminé, Laurent Fabius a de son côté prévenu que le candidat serait choisi en fonction du projet, laissant entendre que celui-ci était taillé sur mesure pour lui: il est "volontariste, clairement de gauche" et pour le "rassemblement à gauche". Dominique Strauss-Kahn attendait samedi pour reprendre son bâton de pèlerin et attaquer Nicolas Sarkozy sur l'immigration et la sécurité lors d'un déplacement à Besançon (Doubs) devant un millier de personnes.
Il reste six mois aux présidentiables pour se départager. Le calendrier d'investiture du PS commence à se préciser: le dépôt des candidatures pourrait intervenir vers le 3 octobre, le vote des militants fin novembre et le congrès d'investiture du candidat le 2 décembre. AP
sch/sb
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