Mulhouse, Colmar, Strasbourg... Sarkozy court toujours , le Président a sillonné hier l’Alsace sur un rythme et un ton de campagne.
Bouger, parler, toucher, s’émouvoir, menacer. Et accélérer toujours. Soit Nicolas Sarkozy soignant hier ses névroses sur les terres d’Alsace, où doit se tenir aujourd’hui, à Strasbourg, un conseil des ministres décentralisé.
Dans un étrange remake de sa campagne électorale, le chef de l’Etat a sillonné pied au plancher le Haut et le Bas-Rhin, enchaînant visite d’usine, inauguration d’université, rencontre avec des chercheurs et réunion consacrée à la sécurité. Le tout en une après-midi. «Et qu’est-ce qu’on attend de moi ? Que je reste à l’Elysée sur ma chaise à attendre le chaland toute la semaine avec la poussière qui tombe sur la pile de dossiers ?» , a lancé le président de la République à destination des grincheux, au milieu d’ouvriers.
Au moment où la croissance s’essouffle et compromet ses réformes, il a aussi cherché à (se) rassurer à coups d’incantations («Quand on veut, on peut», «Je ne resterai pas les bras croisés») et s’est livré au service après-vente de sa loi sur l’autonomie des universités. Bref, s’agiter pour ne pas laisser s’installer un début de doute sur les résultats de la «révolution sarkozyste».
Tics. Lorsqu’il débarque à Mulhouse en début d’après-midi pour inaugurer la magnifique université de la Fonderie, Nicolas Sarkozy salue les élus à la va-vite pour mieux fondre sur la foule et scruter l’œil du peuple. «Continuez», «courage», «merci pour tout», lancent les fans. L’intéressé calme sa joie par d’incessants tics d’épaule.
Le maire (ex-PS) entré au gouvernement avec le portefeuille de la Coopération, Jean-Marie Bockel, se réjouit d’accueillir ce «président réformiste, libéral social, qui [lui] a tendu la main». Pas mécontent d’avoir mis l’UMP sous sa coupe en vue des municipales, tout en ayant fait exploser le PS local ( Libération d’hier), le ministre d’ouverture récite son Sarkozy : «Je composerai une liste qui comprendra les meilleurs, comme dit le Président. J’ai été au bout du chemin avec le PS, mais je reste un homme de gauche.»
Une table ronde à la fac avec des responsables universitaires et des étudiants se transforme en une doucereuse musique à la gloire de l’autonomie des universités et de son inspirateur.
Pelleteuses. Mais cette réforme menée au pas de charge avant l’été, c’est encore lui qui en est le plus content : «Rendez-vous compte, ça fait quatre moi s que je suis Président, trois mois que j’ai une majorité… et il y a eu le mois d’août et de juillet.» Au passage, il promet une hausse de 16 % des bourses pour les chercheurs. La salle l’acclame et Jean-Marie Bockel lui offre une réplique miniature de la fameuse chaise Le Corbusier. «Souffler cinq minutes, ça fait pas de mal», ose le ministre-maire. Sarkozy esquisse à peine un sourire et laisse l’objet sur la table.
Direction Colmar et l’usine Liebherr où un policier vient de se tuer en tombant d’un toit qu’il sécurisait (lire encadré). Au milieu des pelleteuses, le voilà qui trône sur une estrade parmi les ouvriers casqués. «Je n’ai pas changé. La place d’un chef de l’Etat, c’est aussi dans les usines, à vos côtés. On disait que je vous oublierais. Eh bien me voilà», leur lance-t-il en débitant mot pour mot le couplet ouvriériste de sa campagne.
Il parle fins de mois difficiles, pouvoir d’achat qui va grimper. Il stigmatise aussi les chômeurs («celui qui veut pas travailler, eh ben les autres, ils paient pas pour lui»). Il propose une minute de silence pour le policier mort et s’en va, 28 secondes plus tard, signer des autographes à même les bleus de travail et les tee-shirts des ouvriers.
Par ANTOINE GUIRAL source http://www.liberation.fr/actualite/politiques
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