Retraite, travail, syndicats: la douche froide de Sarkozy par Julie Joly
Le président de la République s'exprimait ce mardi devant les journalistes de l'information sociale, leur détaillant une liste de réformes tous azimuts, de la retraite au contrat de travail en passant par le rôle des syndicats, qui a provoqué, dans la salle, des réactions stupéfaites. Ambiance.
ls sont restés un petit moment... sans voix. A 14h30 ce mardi, l'ensemble des syndicats de salariés avaient dépêché leurs principaux négociateurs dans la salle Clémenceau du Palais du Luxembourg pour y entendre, en direct, le discours du président Sarkozy, prononcé à l'occasion du 40e anniversaire de l'Ajis, l'Association des journalistes de l'information sociale. Les têtes de liste des organisations n'avaient pas fait le déplacement, mais leurs représentants n'ont pas eu à regretter le voyage. Dans cette salle de conférence sans fenêtre située en sous-sol, les sénateurs, Jean-Pierre Raffarin en tête, lorgnaient la scène du balcon. Sous leurs pieds, aux premiers rangs, une brochette de ministres et de secrétaires d'Etat, de Xavier Bertrand à Martin Hirsch en passant par Roselyne Bachelot et Eric Woerth. Disséminés dans l'assistance, les syndicalistes, fébriles.
"De qui se moque-t-on?"
Tous s'attendaient, bien sûr, à ce que soient évoqués les dossiers qui fâchent, à commencer par celui des régimes spéciaux. Ils ont été servis au-delà de leurs espérances. D'entrée de jeux, Nicolas Sarkozy a donné le ton, fustigeant les "jeux de rôle": "Le dialogue social ne doit pas être un alibi à l'inaction", a-t-il lancé. Blanc dans la salle. Contre une organisation sociale qui "produit plus d'injustices que de justice", il propose alors un "nouveau contrat social", fondé sur "le travail, le mérite et l'égalité des chances". Jusque là, rien de très nouveau, mais les choses se compliquent pour les syndicats dans la suite du discours. Avec le triple constat du président. D'abord: "Notre système social n'est pas tenable financièrement, il décourage le travail et n'assure pas l'égalité des chances". En clair, "les représentants de salariés ne servent à rien", traduit, dépité, un délégué.
Sur les réformes à mener d'urgence, ensuite: du contrat de travail à l'emploi des seniors en passant par les retraites, l'assurance maladie, le financement des hôpitaux, les 35 heures, l'assurance chômage, les fraudes, tout, ou presque, y passe. "En voulant tout faire en même temps, le gouvernement mélange les priorités et balade tout le monde dans le brouillard!" s'insurge une voisine. Sur le rôle du fameux "dialogue social", enfin: Sarkozy appelle les partenaires sociaux à négocier sur tous les sujets, mais "vite" et avec des "résultats". "Au rythme auquel veut avancer le gouvernement, si on a le temps de réfléchir, c'est déjà bien", enchérit un autre.
Nicolas Sarkozy demande une mise à plat "rapide" des règles de représentativité et du financement des syndicats. Frémissement dans l'assistance. "On nous accuse de tout, de ne servir à rien, de profiter du système et on nous promet d'écouter la voix des salariés! De qui se moque-t-on?" s'emporte, en coulisses, un vieux de la vieille. Fin du discours, standing ovation et applaudissements fournis des premiers rangs. La salle se vide dans le sillage de son invité, aussi vite qu'elle s'était remplie.
source l'express.fr par Julie Joly
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